A propos du triptyque républicain : Liberté-Egalité-Fraternité ?


Commençons par l’égalité.

L’égalité n’est pas garantie par la République. Selon la constitution, qui s’appuie sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, en son article premier il est écrit que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. »

Ainsi nous naissons libres et égaux et nous pouvons devenir «supérieurs» ou «inférieurs» les uns par rapport aux autres en fonction de notre utilité sociale, la République justifie ainsi l’inégalité !


L’égalité n’est pas davantage garantie par l’école de la République. Cette école estsoumise aux normes édictées par l’institution avec ses programmes, ses notes, ses classements, ses évaluations,… ; institution qui, elle-même, obéit au mode d’organisation d’un certain type de « société ». Cette école conduit à la compétition ; son objectif premier est utilitariste, elle forme des gens adaptables au marché du travail.

Pour autant nous ne confondons pas l’institution, et les enseignant(e)s qui accompagnentles adultes en devenir dans leur apprentissage à travers les chemins de la coopération et de l’expérimentation,et qui les encouragent aussi à apprendre de leurs erreurs et dans leur nécessaire effort pour retrouver le plaisir de développer une pensée critique.

Dire non à l’institution, n’est-ce pas interroger à nouveau la méthode Jacotot où« enseigner ce n’est pas expliquer, c’est permettre aux autres d’apprendre ce que le maître lui-même ignore » ?


Ce n’est pas davantage la loi, ni les droits, qui garantissent l’égalité. La sacralisation de la propriété privée côtoie le droit au logement et le droit d’expulser; la liberté de circulation des capitaux et des biens côtoie celle des personnes alors qu’en réalité de plus en plus de murs, aussi inutiles qu’inhumains, sont dressés çà et là; le droit du travail côtoie les lois qui permettent légalement de le détricoter organisant l’insécurité généralisée. Les bibliothèques sont remplies de belles déclarations, et les gouvernant(e)s comme les multinationales s’y assoient dessus.

Dans ce monde où la compétitivité est érigée en principe « naturel » les liens entre êtres humains se rompent. Pour reprendre la pensée de Majid Rahnema nous passons ainsi insensiblement de la pauvreté (lorsque nous savons encore partager « le peu » avec les autres en renforçant ainsi les liens entre nous) à la misère (lorsque manque même l’indispensable, et notamment le lien).

Cette misère conduit aux violences, au chacun(e) pour soi et à la guerre entre gens ordinaires (vous et moi, nous, qui regardons autour, sans envier celles et ceux qui se croient au-dessus, et qui refusons de singer nos maîtres) ; guerre qui consiste à désigner des boucs émissaires (les personnes les plus fragiles) alors que nous oublions les véritables responsables cachés derrière les écrans de fumée et le « spectacle » médiatique.


L’égalité est unpostulat,ce n’est pas l’égalitarisme, ce n’est pas la « mêmeté ».

Chaque être humain estunique, et par la même, chacun(e) a sa place et apporte sa part sous forme de don afin de construire, avec les autres, une société humaine, pour « vivre, simplement,afinque les autres puissent simplement vivre »pour paraphraser Gandhi. Cette reconnaissance par la communauté des êtres humains de la planète renforce en retour notre unicité, et nous prenons, chacun(e) et tous, peu à peu confiance en nos capacités.

Contrairement à ce qu’on nous raconte, isolé l’être humain s’étiole. Depuis notre naissance nous avons besoin des autres pour survivre et vivre ; puis en cheminant et en faisant, nous prenons progressivementconscience, au fil de l’école de la vieque, chacun(e) et tous, avons besoin des autres pour grandir.

Nous « gagnons » en humanité lorsque l’individualité rencontre l’altérité, et vice versa.

L’égalité c’est reconnaitre chaque être humain pour ce qu’il EST, et non pour ce qu’il fait ou ce qu’il a !… ainsi nous « échappons » aux catégories, aux représentations et aux hiérarchies sociales induites par cet utilitarisme.

Chaque être humain estunique et non différent, même les vrais jumeaux bien qu’identiques sur le plan de l’inné, vont forger leur unicité à travers les chemins de la vie.

En revanche la notion de différence renvoie à des normes et se met ainsi en place … l’inégalité. Prenons le tempsd’interroger ces normes ? Ces lois et ces normes sont édictées par qui ?, pour quoi ?, comment ? Dans quel type de société vivons-nous ? 

De quelle liberté parle-t-on ?

Les « bien-pensant(e)s » nous enseignent que la liberté s’arrête là où commence celle des autres. En suivant la logique de cette prétendue liberté nous en arrivons à cette assertion que « l’Homme est un loup pour l’Homme » et que nous sommes faits pour vivre séparé(e)s dans une prétendue société où nous pourrions faire ce que nous voulons sans se soucier des autres. En continuant le même raisonnement, puisqu’il faut alimenter la machine, nous ne nous soucions pas davantage de notre environnement et nous installons notre addiction à la consommation au quotidien privilégiant le futile au détriment de l’essentiel.

Ainsi, puisque seule la « liberté » d’individus séparéscompte, nous arrivons tout « naturellement » à ne plus mettre de limites à nos désirs, ni à supporter quelque frustration que ce soit : « seul(e) au monde je fais ce que je veux ».

La fraternité n’a pas de place dans cette logique.

Et nous poursuivons cette course folle vers le toujours plus en suivant aveuglément les « bienfaits » du techno scientisme jusqu’à la brevetabilité du vivant, aux chimères génétiques pour en arriver au « transhumanisme » et à son « être augmenté », robotisé, lobotomisé par diverses prothèses qui lui font perdre toute humanité, jusqu’à perdre conscience que nous ne sommes que de passage sur cette Terre et que nous ne verrons jamais la fin (y-a-t-il une fin en dehors de la nôtre ?).

Le paradoxe de cette « liberté » c’est qu’elle nous enferme davantage dans notre isolement. Elle nous maintient dans une fuite en avant, où l’argent est une fin en soi, nous consommons tout et toujours plus jusqu’à nous « gaver » ; nous avons abandonné la bouche qui parle au profit de celle qui mange.

Nous devenons incapables de penser le réel étant pris, toujours plus, dans la toile des diverses prothèses numériques et leur monde virtuel, où la communication prend la place de la rencontre. L’envahissement de nos vies par le numérique n’est pas qu’une question de tuyaux, sous-entendu tout dépendrait de ce qui y circule, des contenus. Cette façon de procéder est au service de la globalisation et la sous-tend (ni la science, ni la technique ne sont neutres). Elle impose son mode d’organisation, jusqu’à envahir nos vies privées ; ne doit-on pas être toujours branché(e)s, le nouveau « doudou » serré dans la main ou greffé à l’oreille ! Elle influe aussi, surtout, sur notre psychisme par son caractère binaire, ce qui se traduit par un appauvrissement de la pensée, des troubles de la concentration, une atomisation des individus et une incapacité à effectuer un travail approfondi, jamais fini, pourtant nécessaire pour comprendre un sujet complexe. 

Et nous « roulons » sans savoir où nous allons sur des rails mis en place par d’autres que nous sans prendre le temps (bis répétita) de nous questionnersur le sens de ce que nous faisons.


Contrairement à cette fable funeste la libertéde chacun(e) ne peut pas se concevoir sans se soucier (de celle) des autres. Et elle ne peut pas davantage se concevoir sans limites. C’est une question dedécence.

Pas à pas nous prenonsaussila mesuredes difficultés rencontrées sur les chemins de nos devenirs, et construisons, avec nos doutes et grâce à nos efforts, notre propre autonomie,en apprenant des autres et de nos erreurs.

Ainsi nous pensons,chacun(e), nos propres limites, et nous pensons en même temps, avec les autres, nos règles d’organisationpour vivre au sein d’une société réelle.

La liberté se situe àl’articulation entre le singulier et le commun.


Nous retrouvons ici les chemins du Politique et de la démocratie directe, puisque au bout du bout ce sont des choix de vie qui nous concernent chacun(e) et tous ; et par la même nous engagent.


La Politique

La Politique au sens des Anciens est « l’art de vivre ensemble » ; et aujourd’hui nous devons ajouter avecla nature,l’être humain n’étant qu’une partie du vivant.

La questionaujourd’hui est de savoir sinous voulons faire encore quelque chose ensemble autour d’un commun qui nous relie.Quelle définition donnons-nous au commun ? Que voulons-nous mettre en commun ? Quelle est la bonne taille du territoire pour se rencontrer ? Comment allons-nous nous organiser pour faire vivre ce commun ? Ce commun ne se borne pas à définir des « choses » sorties de leur contexte, fussent-elles qualifiées de « biens communs », ce serait alors garder encore la matrice marchande.

Le commun c’est relier les éléments essentiels à la vie des êtres humains(l’eau, la terre, les semences, la forêt, les ressources énergétiques et nourricières,…) à leur usage, afin de les préserver sur le long terme puisqu’ils engagent à la fois notre propre devenir, celui de celles et ceux qui nous suivrons et notre environnement sans lequel nous ne pouvons pas vivre ; et, en même temps, cecinous oblige à nous accorder sur des règles de vie commune, fondées sur des pratiques de coopération reliant les êtres humains, règles non figées et soumises à expérimentation, afin de sortir ce commun de la propriété privée et des échanges marchands.


Ainsi la Politique consiste à (re)partir des choses de la vieauxquelles nous sommes confrontésau quotidien : se mettre à l’abri, pouvoir se nourrir, cuire le repas, se laver, aller aux toilettes, évacuer les eaux usées, s’éclairer, se chauffer, dormir, aimer, apprendre, se cultiver, rester en santé, créer afin que les lucioles illuminent à nouveau nos nuits,être auteurs/res de nos activités et de nos vies, retrouver une autonomie matérielle pour mener dignement une vie sobre,…

Le sens du (re), c’est reprendre à la racine ; n’est-ce pas se réapproprier peu à peu ce dont nous avons été dépossédés.

Se réapproprier, dans le sens, d’une réappropriation commune fondée sur l’usage le temps de notre passage, de l’entretien et de la restitution aux générations suivantes le jour de notre départ venu, et non pas au sens d’une quelconque possession ou accaparement.

Et notamment la terre et les semences pour celles et ceux qui en vivent, la font vivre et nous nourrissent.

Produire pour qui ?, pour quoi ?, comment ?

Aujourd’hui seule la valeur travail sert d’étalon aux différentes représentations et répond aux normes de cette société du jetable. A l’obsolescence programmée des marchandises, au développement illimité de la consommation et à l’apologie de la croissance, carburant de cette machine folle, le tour est venu pour l’être humain d’être considéré comme un pion, une chose, un objet malléable forcé de s’adapter ou de se voir rejeté. 

En suivant cette logique utilitariste la seule finalité dévolue à l’être humain serait de travailler pour gagner de l’argentafin de consommer ; et mieux encore si nous recourons au crédit avec sa corde « gratuite » que l’on nous vend et que nous consentons à nous passer autour du cou. Ainsi nous travaillons pour consommer,et finissons par nous consumer et consumer l’ensemble du vivant.

Retrouvonsle sens dans l’activité afin de larelierà la façonde nous auto organiser, en repensant la taille de la fabrique et en redéfinissant collectivement ce que nous produisons pour le mettre en adéquationavec les besoins essentiels à la vie de l’ensemble du vivant.

Libérons notrecréativité pour nousautogouverner ;et non autogérer ce qui équivaut à accepter la langue des maîtres, et donc à s’asservir davantage encore puisqu’il faut rester compétitifs dans le cadre comptable établi par d’autres que nous.


La Politiquece n’est pas la compétition pour prendre le pouvoir. Le pouvoir n’est que « faire faire » ; celles et ceux qui veulent s’en emparer font valoir leur titre « naturel » à gouverner, de par leur naissance, leur argent, leur expertise, leur « savoir »…, et ce au nom du peuple bien évidemment !

Accepter cette compétition c’est s’en remettre àune minoritéquel que soit l’échelon (il suffit de rapporter le nombre de voix de l’élu(e), ou de la liste, au nombre des inscrits).


D’autre part on nous raconte que la constitution est la table de la loi, pour autantl’actuelle constitution a été modifiée 24 fois. Le plus souvent par le Congrès(réunion à Versailles de nos «représentant(e)s » au Sénat et à l’Assemblée Nationale), notamment à quatre reprises pour rendre conforme la constitution française aux traités européens : en juin 1992 en vue de la ratification du traité de Maastricht, en janvier 1999 permettant la ratification du traité d’Amsterdam, en mars 2005 pour permettre la ratification du traité établissant une Constitution Européenne (traité rejeté par le peuple en mai 2005), et en février 2008 pour permettre la ratification par la France du traité de Lisbonne (frère jumeau du TCE rejeté précédemment !).

De quelle représentation parle-t-on ? En 2012, (source CEVIPOF), les employés et les ouvriers représentaient la moitié de la population et seulement 3 % des députés. A l’inverse les cadres et professions intellectuelles supérieures représentaient 82 % de l’ensemble. 55 % des députés sont issus de la fonction publique. Les femmes représentent 51,5 % de la population mais seulement 26,5 % à l’Assemblée,…

Quant à la dernièremodificationde la constitution soumise à référendum, elle remonte à septembre 2000 et portait sur l’instauration du quinquennat (aggravant encore la présidentialisation du régime). Elle a été décidée par les deux têtes de l’exécutif de l’époque dans une période de cohabitation, puis elle a été soumise à référendum et adoptée par… 18,55 % des inscrits !

Par ailleurs aucun président de la cinquième République, pas même son fondateur, n’a obtenu la majorité des suffrages calculée par rapport aux inscrits, en dehors de M. Chirac (62%) en 2002.

Accepter de participer aux différentes mises en scène électorales,par nos votes, c’est déjà se soumettre aux pouvoirs hétéronomes (ce sont les maîtres que nous nous donnons) et s’en remettre à de prétendus représentant(e)s.

Aux adeptes du « tous pourris » nous affirmons que ce n’est pas une question de personne, même si pour quelques un(e)s leurs rêves se bornent à « arriver en haut de l’affiche », c’est une question de système. A l’intérieur d’un tel système en quoi serions-nous meilleur(e)s que d’autres ; en revanche nul n’est obligé de s’y adonner.


De plus cette représentation ne s’arrête pas aux partis politiques, elle concerne également les syndicats et les associations puisque seules ces différentes structures,fonctionnant toutes sur un mode pyramidal unique,sont reconnues par les institutions et servent de relais à l’Etat, aux collectivités territoriales comme à d’autres bureaucraties.

Ainsi ce système représentatif conduit à la fragmentation des gens ordinairesentre ces différentes organisations. D’autre part ce système porte en lui la négationde notre parole, celle-ci ne serait audible qu’à travers ces différents filtres, alors que la plupart d’entre nous restons en dehors ; pour être reconnus nous devrions adhérer, voire militer au sein de l’une d’elle et notre parole devrait passer par d’autres, plus savants !

N’est-il pas temps de sortir de ces antres et de ces cloisonnements ? Continuerons-nous obstinément deprivilégier « ce qui nous ressemble », replié(e)s sur un entre nous, chacun(e) dans son estanco, son école de pensée, son drapeau, ou encore sa religion au détrimentde « ce qui nous rassemble » pour le discuter à nouveau, à parole égale, sur la place publique, de s’y disputer même, afin de nous retrouverautour d’un commun etde le faire vivre.

Bien évidemment ce n’est pasle fait de s’associerqui pose problème, il y a probablement autant de façon de s’organiser que d’actions à mener. Il ne s’agit pas davantagede mettre en doute la probité et le dévouement des militant(e)s associatifs, syndicalistes ou partisans.

Pouvons-nous, sans que personne ne se sente insulté,nous questionnerà propos du dévoiement que porte l’institutionnalisation de ces structures au sein de la République, comme des différentes bureaucraties, par rapport à la libre association nécessairepour nous auto organiserafin de passerde l’individualité au commun.


Nous ne prenons pas le pouvoir, c’est le pouvoir qui nous prend à travers le jeu de la représentation, de l’élection et des délégations successives, sans aucune possibilité de contrôle réel, et ce, quel que soit l’échelon, depuis les municipalités, les agglomérations, les départements, les régions jusqu’au niveau national. Plus grave encore au niveau national, où les« décideurs » auréolés de l’onction du suffrage, ont mis en place,en notre nom, diverses excroissances supra nationales, comme l’Union Européenne, le FMI, la BM, l’OMC, … et même l’ONU, alors qu’ils ne font qu’obéir à la logique de la globalisation capitaliste. En fait de décideursils sont devenus aujourd’huiles rouages de la méga machine.

Ce qui conduit à la perte de toute souveraineté populaire, pourtant arguée, à chaque élection.


La Politiquec’est refuser le pouvoir et libérer nos capacités enfouies sous un formatage de tous les instants, c’est exercer à nouveau notre esprit critique, c’est faire et penser par nous-mêmesafin de changer réellement. C’est retrouver notre dignitéet le courage de DESOBEIR afin de sortir des casesqui nous ont été assignées et que, par notre consentement, nous entérinons.

Désobéir à la loi lorsqu’elle devient trop injuste, ce n’est pas se placer au-dessus des lois, c’est retrouver le couragede dire NON, et affirmer notre démarchenon-violente,face à la violence dite « légitime » exercée par les pouvoirs hétéronomes. C’est une question d’éthique.


La démocratie

Quant à la démocratie,ce mot, mis aujourd’hui à toutes les sauces pour mieux la bafouer, est le nom donné par les Occidentaux au système représentatif qui serait LEmodèle de démocratie. Ce mode de pensée hégémoniqueprétend imposer aux peuples d’ici et de là-bas cette forme de démocratie au nom du « bien-être », et de « l’exporter » s’il le faut par les armes.

Cemodèleconduit, ici,àl’a-société actuelleautour d’un« mal avoir ».Il est temps de s’interroger, notamment en France, sur cette « richesse » centrée sur le seul avoir, après l’esclavage, le colonialisme, « l’immigration choisie »,… ; « richesse » acquise au détriment de qui ?, de quoi ?, quelle est sa répartition ?

Il est temps, aussi, d’affirmerqu’aucune culture n’est supérieure aux autres. Retrouvons la décencede ne pas nous approprier des concepts établis par d’autres en les renommant via nos standards. Ainsi, pour prendre un exemple, ne réduisons pas la culture du « buen vivir » des populations andinesau « bien vivre », et pas davantage au « vivre mieux ».


En suivant ce « modèle de démocratie représentative » nous avons ici abandonné nos devenirs aux mains de différents professionnels/les, et nous faisons mine de nous étonner que les mêmes gèrent leur plan de carrière afin de rester en place.

Quant aux médias bien-pensants, aux experts en tout genre, aux sondages et autres cabinets de « communicants » ils orchestrent, via une diarrhée publicitaire, le service après-vente.

En même temps, nous nous sommes dessaisis de nos propres responsabilités, tout en nous donnant bonne consciencepar le vote ; y compris pour celles et ceux qui se laissent berner par les sirènes de star « anti système ». Le seul objectif de ces protagonistes est de devenir calife à la place du calife autour d’un repli identitaire en soufflant sur les braises des plus bas instincts (haine de l’Autre, « race ») pour durcir encore notre domination sans rien changer à la matrice.

Ce « devoir » de « bon citoyen » accompli nous donnerait, en plus, le droit de nous ériger en censeurvis-à-vis de celles et ceux qui refusent de participer à ces jeux de dupesen les jetant dans la case des « abstentionnistes » ; ce qui est synonyme dans la langue des maîtres de « je-m’en-foutistes », avant d’entonner le refrain du populisme. 

Or en refusant ces « jeux » nous exprimons notre volonté éminemment politiquede ne plus consentir à alimenter ce système représentatif quin’a jamais représenté le peuple.

Ce système représentatif ne peut fonctionner qu’assis sur notre consentement. Ainsi nous élisons des « décideurs » qui ont remis les clés aux milieux économiques et financiers consommant (au sens de mener à terme)la primauté de l’économique sur le Politiquenotamment depuis les années soixante-dix/quatre-vingt.

Aujourd’hui ces « décideurs » jouent un double rôle, et ont donc une double responsabilitédans cette diarchie. Ils/elles sont chargés, par les véritables tenants du pouvoir, d’assurer « la « paix sociale »(en développant une surveillance généralisée et en réprimant plus durement celles et ceux qui osent sortir du rang) afin que les affaires puissent continuer ; d’autre part ils/elles servent d’artificespour nous faire croire que nous sommes en démocratie.

Le seul objectif de cette « démocratie »est de gouverner sans peuplece qui est porté par le terme de gouvernance, simple méthode de gestion obéissant à la logique dudit système, celle héritée de l’entreprise, et conduisant à la marchandisation du tout.


La démocratie réellen’est pas une affaire réservée à quelques professionnel(le)s, elle n’est pas séquentielle (limitée aux jours d’élection). Elle s’exerce au quotidien, elle prend son élan à partir des choses de la vie, elle ne peut être que directe, et c’est l’affaire de n’importe qui.

La démocratiece n’est pas le consensus à priori. La démocratie c’est le conflit dans le sens de la discute, voire de la dispute,ce qui n’exclut aucunement la fraternité, puisque chacun(e) est égal à l’Autre, a sa place, apporte sa contribution et reçoit des autres pour grandir ensemble en humanité.


La démocratie ne peut pas se concevoir sans se réapproprier à nouveau l’espace.

Ça commence par se parler et se rencontrer sur la place en sortant des différents estancos.Ça se construit au quotidien, sur le territoire où nous vivons,en nous interrogeantsurla bonne taille de la commune (dont les limites n’ont rien à voir avec les divisions administratives existantes) au sein de laquelle nous pouvons à nouveau retrouver la capacité de faire.

C’est aussi s’enraciner,tout en s’ouvrant aux autres, pour apprendre des expériences des autres communes, et cheminer à travers des fédérations de communes ;nous ne voulons pas nousrefermer sur nous-mêmes, ni survivre en autarcie.

Il n’y a pas UN chemin, encore moins LE chemin, mais DES chemins et les chemins se font en marchant pour paraphraser A. Machado.


La démocratie ne peut pas davantage se concevoir sans se réapproprier le temps. Elledépend de notre engagement au quotidien, ellenous oblige à donner un peu de temps pour la faire vivre, et donc à nous libérerpartiellement du temps contraint.

Pour concilier cet engagementavec l’activitéet la vie privéesur la duréenous nous organiserons à travers une rotation des tâches qui seront de courte durée (autour d’un an et, au plus, de deux années).

Nous ne pouvons pas être présent(e)s en permanence, nous ne nous pensons pas indispensables, la confiance en nous retrouvée nous ferons confiance aux autres.

Nous agirons aussi par mandats. Les mandatsseront révocables et semi impératifs (afin de laisser une marge de manœuvre aux personnes mandatées lors des discutes).

Nous expérimenterons également le tirage au sort afin de sortir de la compétition et de l’enrégimentement.

Cetirage au sort désignera pour chaque tâche et/ou projet deux personnesafin de s’épauler l’une, l’autre ; et pour pallier, le cas échéant, à une démission ou à un empêchement de l’un(e) d’entre eux. Cette pratique fera croître le savoir-faire et le savoir-êtreet permettra aussiau plus grand nombre de s’exercer à la démocratie directe, et d’apporter, chacun(e), sa contribution à l’œuvre commune.


Aucune constitution ne peut garantir la démocratie ;sans irruption des gens ordinaires prenant en main leurs vies nous en restons aux discours et entretenons les illusions.


Retrouvons les chemins de l’émancipation

C’est autour de l’EGALITE, de l’AUTONOMIE et de la LIBERTE quenous pourrons à nouveau explorer les chemins de l’émancipation, personne ne nous émancipera à notre place.

S’EMANCIPER, et non émanciper, cela commence par ne plus croire aux sauveurs suprêmes. Mettons pieds à terre, réfléchissons et retrouvonsle sens : pour aller où ?, pour quoi ?, comment ?


Aujourd’hui il nous serait interdit de regarder le passé au nom d’une prétendue raison. Or celles et ceux qui se revendiquent de cette raison sont aveuglés parle« sens de l’histoire » etvouent un culte au progrès infini. Ils nous promettent undépassement inéluctable de toutes les contradictions jusqu’à l’abolition du capitalisme, et un avenir forcément radieux au sein d’une société d’abondance.

Autorisons-nous à passer outre cet interdit afin de retrouver le fil de la pensée critiquepour « accepter enfin d’avoir à penser avec les Lumières contre les Lumières » comme nous y invite J-Cl Michéa.

Autorisons-nous à interroger à nouveau, sans nostalgie, nos racines, toutes les cultures et leurs différents modes d’organisation, y compris ceux des sociétés vernaculaires.

Nous ne pouvons pas « faire table rase du passé » comme nous ne voulons pas pour autant recopier à l’identique.

De ces questionnements nous tirerons matière à création, le devenir est intrinsèquement lié au passé,notamment en assumant davantagela dynamique infinie des contradictions(le dépassement ne constituant qu’une possibilité parmi d’autres).


Aujourd’hui on nous ordonne de « choisir » entre le pour et le contre.

Dans cette vision binaire du mondele contre, l’anti comme l’alternative, même mise au pluriel, ne sont que l’autre face de la même pièce. D’une part le contre se définit par rapport au pour, comme s’il suffisait de renverser les choses pour changer réellement. D’autre part les protagonistes du pour, comme ceux du contre, gardent la même matrice avec la croissance comme objectif unique. Dans les deux casc’est bel et bien l’illimitationqui est le moteur des deux versions sur une planète aux ressources finies.Pour les premiers c’est le dieu marché qui règle tout ; pour les seconds il s’agit de s’en remettre à l’Etat et à sa bureaucratie, et ce au nom d’une raison « froide » comme si les êtres humains n’étaient que des exécutants, incapables de créer, de penser et de faire par eux-mêmes. Ce pseudo choix conduit à l’uniformisation de la pensée, à la perte d’humanité des êtres et à l’appauvrissement voire à la disparition du vivant.

Or la raison ne peut pas aller sans le cœur, laissons les émotions s’exprimer ; nous ne pouvons pas vivre sans spiritualité.


Sortons de la tyrannie de la valeur d’échange et de l’argent, et par conséquent aussi de la gratuité, qui renvoie à la cherté et sert d’alibi, parfois de produit d’appel, à cette logique marchande. Il ne s’agit pas de confondre gratuité, et le don qui lui est lié à l’usage.


Redécouvrons le partage etl’entraide, (et non l’aide).

L’entraideest fondée sur l’usage, le donner/recevoir/rendre, entre êtres humains égaux. En revanche l’aide porte en elle l’inégalité avec d’un côté les dominants, celui ou celle qui « donne » et de l’autre les dominés, celui ou celle qui reçoit et courbe l’échine par reconnaissance envers son maître.

Derrière l’aide se profile le mode d’organisation et les normes d’une « société » purement utilitariste (où les êtres humains, comme la nature, sont considérés comme des choses) pour qu’une infime minorité accumule toujours plus.


Tissons à nouveau les liens entre êtres humains d’ici et de là-bas. Prenons, chacun(e), le temps de mettre en lien nos connaissances, combinons-les avec nos expériences pour (re)construire nos savoirs (savoir-être, savoir-faire) et partageons les avec les autres.


Retrouvons le courage de faire peu à peu ces pas de côtéafin d’expérimenter des chemins de traverse pour faire autre chose et autrement afind’allier, de relierle prosaïque et le poétique(en hommage à E.Glissant et à ses compagnons du manifeste de février 2009).


Aix en Provence, modifié le 4 décembre 2014, claude, avec mes remerciements à ma compagne.



Aix Réelle Démocratie

du conseil de quartier aux collectifs de quartiers auto organisés

Quel sens donner à l'irruption des « indignés » dans la vie aixoise, et dans le monde entier ?

Par André Koulberg

 

 A  Aix, comme ailleurs, on entend depuis des années les vieux militants se plaindre que  les jeunes « ne s'intéressent pas à la politique ». Et puis de jeunes indignés ont surgi tout d'un coup au printemps dernier. Mais ils n'étaient pas comme on les attendait, renouvelant les formes de l'engagement politique.

 

Des indignés à Aix

A Aix c'est une quinzaine d'étudiants qui, en mars dernier ont pris l'initiative de former un groupe d' « indignés », déployant sa banderolle « démocratie réelle » tous les soirs à partir de 18h. Tout le monde était invité à s'exprimer et à chercher des idées pour transformer la société. Aujourd'hui le groupe s'est renouvelé, il y a encore des jeunes, mais tous les âges sont représentés. Une dizaine d'entre eux forment un noyau permanent (noyau plus petit quelquefois par mauvais temps... ), mais plus nombreux sont les participants épisodiques, des simples passants intéressés aux contributeurs réguliers. Vous les trouverez tous les mercredi à partir de 18h et tous les samedis à partir de 14h au bas du Cours Mirabeau, toujours autant défenseurs de la « démocratie réelle » sous leur banderolle déployée.

 

Un étonnant succès 

Le succès de ce mouvement, essaimant dans de nombreux pays en très peu de temps (de même  que le succès incroyable du livre de Stéphane Hessel « indignez-vous ! »), est surprenant. A quelle attente collective a-t-il répondu  pour parvenir à susciter des manifestations dans des villes disséminées dans 82 pays, le 15 octobre, « journée mondiale » des indignés ? Même en France, qui n'est pas ici en pointe, ils existent dans de nombreuses villes (information peu relayée par les médias).

 

Une alternative au fatalisme

  Réfléchissons au contexte dans lequel s'est développé le mouvement. D'un côté, les crises économique, sociale, écologique... sont de plus en plus aiguës, de l'autre, ce système qui ne cesse de détruire les hommes, et la planète elle-même, nous est présenté comme une fatalité irrémédiable. La politique dans ses formes classiques (les élections, la concurrence entre les partis pour accéder au pouvoir, etc.), semble elle-même impuissante à débloquer la situation. Même lorsque les peuples parviennent à faire élire des équipes gouvernementales de gauche, a priori plus critiques envers le libéralisme, la politique destructrice continue, pour l'essentiel, à s'imposer. Les dirigeants socialistes de la Grèce ou de l'Espagne imposent à leurs populations des traitements de choc en expliquant qu'il n'y a pas d'alternatives. La situation a l'air totalement bloquée et l'exemple de la Grèce nous montre ce qui nous attend.

C'est dans cet environnement que l'action des indignés prend tout son sens. Elle est d'abord une stratégie pour débloquer la situation. Si les moyens classiques (institutionnels) de changer une société partant à la dérive ont été rendus inopérants,  il faut que les citoyens interviennent plus directement.

En s'installant  collectivement sur une place centrale ou un lieu symbolique (wall-street...), en affirmant au vu et au su de tous qu'il n'est plus question d'accepter les logiques insupportables induites par la financiarisation du monde, qu'il faut reprendre le pouvoir collectif sur la société à la petite caste qui s'en est emparée et qui l'utilise pour ses intérêts propres, en disant qu'il faut le faire maintenant, les indignés rompent bruyamment avec le fatalisme ambiant. Ils indiquent une voie par laquelle il est possible de sortir du statut de résigné, l'exact contraire ici d'indigné . Et ça leur réussit. Bonne nouvelle.

 

Une représentation du peuple

 Les indignés ne sont toutefois pas les seuls aujourd'hui à prétendre qu'un autre monde est possible et à chercher les voies pour y parvenir. Le mouvement altermondialiste par exemple s'y emploie depuis plusieurs années. Mais les indignés ont des traits spécifiques. Ils ne sont pas un groupe doté d'une doctrine, d'experts et de leaders qui la diffusent. Nommez des indignés célèbres... Ce sont des anonymes, généralement des non-professionnels de la politique, qui font nombre. Ils campent comme une foule de Français (ou de Belges, d'Allemands...) ordinaires face au pouvoir.

Nul n'a semblé remarquer que toutes ces caractéristiques font des indignés une parfaite représentation du peuple, du peuple dans  son ensemble. Et effectivement, s'ils parviennent à être si nombreux quelquefois, c'est certainement parce que beaucoup de gens peuvent s'identifier à eux. Toute proportion gardée, ils rééditent un geste collectif qu'on a pu observer à la naissance des révolutions arabes (et des révolutions du type « révolution orange » dans les Pays de l'Est ) : figurer une représentation du peuple qui se lève face au pouvoir.

 

« Leurs revendications sont immenses mais peu concrètes »

C'est ce qu'affirme la correspondante du journal Libération (17 octobre 2011), à Bruxelles, à l'unisson de nombreux observateurs reprochant aux indignés le flou de leurs positions. La figuration du peuple anonyme se paye-t-elle d'une incapacité à défendre des propositions claires et précises ?

Par André Koulberg

Remarquons d'abord que les indignés, malgré leur dispersion géographique, défendent tous quelques idées qui forment un fond cohérent et sans ambiguïté. Essentiellement deux refus et une revendication, effectivement immense, dans la société actuelle.

D'abord ils dénoncent une logique économique instaurée depuis les années 80, qui, au nom du libre marché, nous a livrés pieds et poings liés aux puissances financières, détruisant les acquis sociaux et les valeurs humaines de base sur son passage. Ils le disent et le redisent on ne peut plus clairement.

Ensuite, ils affirment que notre démocratie n'est plus « réelle » parce qu'en définitive un nombre très restreint de personnages (du monde des affaires, de la sphère politique, médiatique, etc.), détient un pouvoir exorbitant. Rien n'indique ici la réédition de la théorie du complot mondial tentaculaire en vogue sur internet, il s'agit plutôt d'une critique relevant du souci démocratique telle qu'on la trouve chez Castoriadis et telle qu'elle a été récemment réactualisée par exemple par Hervé Kempf (« L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie »). Ces auteurs reconnaissent que nos sociétés ne sont pas des dictatures mais, comme les indignés, ils proclament qu'elles ne sont pas non plus véritablement des démocraties. Ce sont des oligarchies, le règne d'un petit groupe, les « 1% » qui dirigent « 99% » de la population, comme le proclame un des slogans favoris des indignés.

Ces deux critiques se réunissent dans l'appellation que se donne le mouvement : « démocratie réelle »(plus que le terme d' « indignés » qui n'est pas repris par tous). La démocratie est réelle lorsque les citoyens peuvent choisir leur destin collectif sans être asservis à une logique économique catastrophique prétendument irrémédiable, et lorsqu'ils sont en capacité de reprendre le pouvoir à tous les oligarques qui l'ont confisqué.

C'est plutôt clair. Mais, c'est vrai, ce discours n'est pas suivi d'un programme politique en 50  points  indiquant ce qu'il faut faire pour réaliser ces objectifs. Ce n'est pas une omission. Visiblement, ils ne considérent pas que leur rôle est celui d'une avant-garde consciente qui dès le départ et à elle seule proposera un plan de société à réaliser. Leur interprétation de l'exigeance démocratique les conduit plutôt à créer des espaces où ces questions pourront être débattues par tous et mûries collectivement.

Cette institution d'espaces de création démocratique n'a pas suffisamment attiré l'attention des observateurs, elle est pourtant centrale dans le mouvement des indignés.

 

Un espace qui crée des possibles

Un espace de création démocratique est un espace ouvert dans la rue qui n'oblige en rien mais multiplie les possibles. Suivons ici le petit exemple d'Aix.

L'espace créé au bas du Cours Mirabeau a d'abord permis de libérer la parole. De nombreuses personnes  sont venues inscrire des phrases politiques, poétiques, ou les deux à la fois. Il a permis aussi d'organiser des débats d'où ont surgi des idées scrupuleusement notées. Aussi, de l'intérieur de cet espace, ont été élaborées des idées d'action sur la ville, certaines déjà réalisées (organiser des discussions publiques dans les quartiers périphériques filmés, diffusés, etc.), d'autres en voie de réalisation (devant le pôle-emploi). Enfin cet espace est un lieu de réinvention de la vie quotidienne (projet d'une cuisine autogérée et d'organiser un banquet public dans la rue). La relative indétermination doctrinale du mouvement n'empêche pas l'action, dès maintenant, et même l'action coordonnée au niveau du monde entier comme le prouve la mobilisation mondiale du 15 octobre.

Comparons à d'autres associations militantes. Ce qui frappe dans ce mouvement c'est que le plus souvent au lieu de porter le message du groupe à l'extérieur, il propose d'accueillir les gens dans son espace  où ils pourront participer eux-mêmes à l'élaboration des projets. Une méthode parmi d'autres qui renouvelle les formes de l'action politique.

 Rien de tout cela ne produira nécessairement des merveilles, cela dépendra de nous tous, mais tous ces exemples suggèrent que s'est ouvert un nouvel espace de possibles.

                                                                     André Koulberg

 

(merci à C. et F.)

 

Pourquoi « démocratie et émancipation » ?Parce que pour nous la démocratie ne se limite pas à la vie institutionnelle mais se construit avec et pour les citoyen(ne)s à partir des « choses » du quotidien. Elle s’inscrit dans le cadre d’un processus par essence jamais fini alliant débat contradictoire et expérimentation, elle se construit en marchant.

L’émancipation en est le point d’appui et le levier, l’égalité son principe.

 

C’est sortir de la logique de concurrence et de la dépossession, pour nous inscrire dans celle de coopération, de partage, de convivialité, pour tisser des liens, pour décloisonner nos luttes parce qu’elles ont toutes le même fil conducteur, celui de reprendre nos affaires en main, pour construire des réseaux, pour agir et élaborer des possibles, pour faire irruption dans la vie de tous les jours... Bref c’est remettre le politique au centre de nos vies…

 

Il est temps de « re prendre soin de la démocratie » parce que c’est prendre soin de chacun(e) d’entre nous et de tous, c’est le fondement de la construction d’un autre monde aussi possible que nécessaire. Nous ne sommes pas des professionnels de la politique et nous ne voulons pas le devenir, juste des citoyen(ne)s lambda qui souhaitons reprendre, au même titre que d’autres, la parole et nous extraire des places que les biens nés, les experts en tout genre et/ou autres élites nous assignent…

 

Entendons J.Rancière dans un texte tiré de la revue « Contretemps » de mai 2008 dans « Moments politiques »: « Il y a de la politique, de mon point de vue, dans toutes les formes de lutte, d’action, d’intervention qui réaffirment la décision sur les affaires communes comme étant l’affaire de n’importe qui, et comme la démonstration de l’égale capacité de n’importe qui. »

 

Comment sortir de « l’entre nous ». Comment « ré apprendre à parler aux gens » ? Même animé(e)s des meilleures intentions du monde et de « notre » meilleure volonté, sans pour autant sous estimer le travail de terrain réalisé, force est de constater que les tracts ne suffisent plus, sauf à amorcer le dialogue… parfois ! Nos actions ponctuelles délivrant une information « descendante » ne suffisent pas davantage, sauf si elles rencontrent les préoccupations quotidiennes des habitant(e)s…

 

Réinterrogeons alors « nos » pratiques pour aller à la rencontre de l’Autre, pour ne pas parler à la place de l’Autre mais au contraire pour que chacun(e) puisse se sentir légitime de le faire et que chaque parole soit égale à celle de l’Autre.

Dépassons le « eux » et le « nous » par un patient travail de co construction avec les habitant(e)s DES quartiers. Ne sommes-nous pas toutes et tous issu(e)s d’un quartier ?

N’est-ce pas ensemble que nous devons agir pour (re) faire société ?

Travaillons sur le « comment recueillir les mots et les maux » de chacun(e) et de tous, (re) connaître/être reconnu/ (ré) apprendre à agir collectivement pour mettre réellement un terme à la stigmatisation et autres discriminations...

Le « RE » étant pris au sens de ne pas refaire à l’identique, sans pour autant faire table rase du passé, mais FAIRE AUTREMENT en plaçant au centre de ce processus le prendre soin individuel et collectif des êtres humains, celui de nos écosystèmes (qui ne sont que notre enveloppe externe) et l’avenir des générations futures.

Pour un « bien vivre ensemble» en harmonie avec notre « terre mère », la Pachamama, commune à toutes et à tous que nous soyons d’ici et/ou de là-bas comme le dit si justement Evo Morales.

 

Les barrières ne sont pas qu’étatiques, elles existent au sein d’un même peuple, d’une même cité, d’un même quartier. Le peuple n’est pas unicité mais multiplicité et chaque partie porte en elle-même des messages d’universalité pour peu que nous nous référions aux droits fondamentaux et aux libertés fondamentales, sinon c’est la barbarie qui vient ici comme ailleurs… Cf. poussée de l’extrême droite au niveau de cette UE qui devait nous protéger….

 

Retrouvons la convivialité et apprenons ensemble à faire la fête, cet été lors de l’étape sur Aix dans leur marche (Paris-Nice), nos frères « sans papier » nous ont donné une belle leçon de vie…

Comment sortir du projet clé en main établi dans « l’entre-nous » pour construire des possibles avec et pour les habitant(e)s si ce n’est par un travail de proximité...

Sortons de la culture du résultat, de celle de l’immédiateté, de l’événementiel, de la vitesse parce qu’elles sont contraires au principe démocratique.

Partons de nos préoccupations quotidiennes, de nos diverses expériences de terrain, construisons des réseaux, des veilles citoyennes, patiemment et avec détermination.

Face à « la crise » puisque tel est le fonctionnement « normal » du système capitaliste qui lui permet ainsi de se révolutionner, lui !, opposons le partage, la coopération, la gratuité et l’échange fondé sur la valeur d’usage (donner/recevoir/rendre selon Mauss), opposons l’égalité et les solidarités pour (RE) CREER le « bien vivre » pour le plus grand nombre.

 

« Du conseil de quartier » … aux « collectifs de quartiers auto organisés » !

 

Partons de la loi instituant les comités de quartier pour les communes de plus de 80 000 habitant(e)s malgré toutes les limites que présente cette loi.

Les extraits ci-dessous en italique sont tirés d’une réflexion du cercle Condorcet de décembre 2005 proposée par M.Masson, P.Boucher, L.Germain que nous remercions.

« Extrait de la loi Vaillant, Février 2002 : “Dans les communes de 80 000 habitants et plus, le conseil municipal fixe le périmètre de chacun des quartiers constituant la commune. Chacun d’eux est doté d’un conseil de quartier dont le conseil municipal fixe la dénomination, la composition et les modalités de fonctionnement.

Les conseils de Quartier peuvent être consultés par le maire et peuvent lui faire des propositions sur toute question concernant le quartier ou la ville. Le maire peut les associer à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des actions intéressant le quartier, en particulier celles menées au titre de la politique de la ville”.

La loi ne définit rien d’autre ni sur les attributions, ni sur le fonctionnement. Ils sont complétés par les commissions consultatives et les missions d’information et d’évaluation ».

 

Nous voyons donc bien que, initiative et « pilotage » viennent « d’en haut » et que le rôle dévolu au comité de quartier n’est que consultatif.

Cependant même consultatif, de telles structures sont déjà des lieux d’apprentissage pour constituer des dossiers, avoir accès à de l’information, se frotter aux réalités institutionnelles, avancer des contre-propositions c’est dans cette tension que se crée du politique…

 

« Par ailleurs deux autres dispositions ci-dessous sont inconnues de tous, car elles n’ont fait l’objet d’aucune information des citoyens. Elles n’ont pour le moment jamais été appliquées :

Le référendum décisionnel.

Dans les collectivités territoriales, c’est-à-dire la Région, le Département et les communes, la loi prévoit, depuis Mars 2003, article 72-1 de la constitution, que puisse être soumise à référendum une décision, le résultat du vote constituant cette décision.

L’exercice de cette disposition est sous responsabilité du Président de la Communauté concernée.

Le droit de pétition. 

Dans ces mêmes collectivités territoriales, la loi prévoit, depuis Mars 2003, article 72-1 de la constitution, que les citoyens puissent imposer par pétition qu’une question soit inscrite à l’ordre du jour de la collectivité concernée ».

 

Du fait de la nouvelle « réforme » des collectivités territoriales actuellement en discussion au Parlement ces deux dernières dispositions vont peut-être « bouger » ?

Quoi qu’il en soi, dès maintenant, faisons vivre cette disposition légale pour « passer » du conseil de quartier aux collectifs de quartiers auto organisés.

 

Agissons sans attendre que « ça vienne d’en haut » car il s’agit de « casser » le phénomène « de courroie de transmission » de la municipalité ou de toute autre baronnie vers les électeurs/trices. Ces collectifs sont des lieux situés au centre de la vie sociale et de la cité où s’inventent le Politique, où s’exercent notre citoyenneté…

 

C’est partir des préoccupations concrètes portées par les habitant(e)s, de leurs initiatives, (un toit pour tous, la crèche, l’école, la cantine avec une nourriture saine et de proximité, la santé, les handicaps, les espaces et les aménagements, la formation, le travail,…, les transports, la poste, l’hôpital, l’accès à l’eau, l’énergie de base,…) bref le quotidien, pour élaborer dans le débat contradictoire des projets, les porter sur la place publique et au niveau des institutions, et ce, quelle que soit la couleur de la municipalité en place, les faire aboutir en vérifiant leur faisabilité puis leurs exécutions.

 

C’est définir des objectifs, les prioriser à travers ce débat contradictoire, par et pour les habitant(e)s, en prenant soin d’être ouvert à tous les habitant(e)s du quartier (et pas seulement aux électeurs/trices). Cf. la promesse non tenue de 1981 sur la citoyenneté de résidence pour les non communautaires.

Et aussi rencontrer celles et ceux d’autres quartiers pour établir des ponts face aux murs biens réels et face à ceux de nos représentations sociales, par le brassage entre les quartiers pour refuser la xénophobie et toutes les discriminations.

Apprendre de la culture de l’Autre, refuser la politique de la peur et du bouc émissaire, la restriction des libertés fondamentales et les dérives sécuritaires irresponsables.

 

Ces projets émergeront dans un travail de co construction sur la durée selon une temporalité indépendante du calendrier électoral.

C’est nous (re) mettre en mouvement et acquérir et/ou retrouver des « savoir faire » et « savoir être » à partir des expériences du terrain et aussi en faisant appel à des experts, parce qu’on ne peut pas tout savoir. Ainsi mener une expertise contradictoire, face aux « habituels experts » davantage tournés vers les cabinets institutionnels dans le secret plutôt que vers la population…

 

Pour ce faire cela nécessite bien évidemment l’existence de lieux d’expression de la parole citoyenne où chacun(e) se sente légitime pour (re) prendre la parole et … la garder.

C’est aussi agir pour libérer les espaces publics ou associatifs de façon à ce que ces équipements publics de proximité (centres sociaux, MJC,…) s’autorisent à reprendre leurs libertés de penser face aux pouvoirs institutionnels en place quels qu’ils soient…

 

Cela nécessite aussi le concours de relais médiatiques pour (re) donner sens, par une information pluraliste, à tout débat réellement contradictoire. Nous avons la chance d’avoir sur le Pays d’Aix une radio locale et une télé participative sur un quartier. Organisons-nous pour faire vivre sur la durée ces sources d’information alternatives…

 

Il est temps de passer aux travaux pratiques et de construire nos propositions, il est temps de faire circuler la parole en toute confiance pour libérer nos potentialités dans le débat contradictoire toujours fraternel, de faire vivre notre convivialité pour (re) faire société…

 

Ce dont nous pouvons être convaincu(e)s c’est d’être plus intelligent(e)s ensemble…

 

 

Aix en Provence, le 17 octobre

Rassemblements tous les mercredis à 17h en bas du cours Mirabeau

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